Remobilisation de l’armée? De quelle armée s’agit-il?

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal Contre l’Occupation d’Haïti (REHMONCO), Haïti Liberté, édition du 2 au 8 août, 2017 

Tout au long de la dynamique d’occupation et de domination des puissances impérialistes sur Haï- ti, la question des forces armées a toujours été un élément stratégique dans le maintien du statu quo. L’une des conséquences immédiates de l’occupation de 1915-1934 fut le désarmement complet des regroupements paysans et urbains. Pour arriver à cette fin et ainsi «pacifier» le pays, les Yankees ont massacré plus de 15 000 paysans, paysannes et patriotes. 

Avant son départ, l’occupant s’assure que la domination continue sous d’autres formes : il mit en place un nouveau système juridique, dont la Constitution de 1918 constitue l’ossature et institue la Gendarmerie d’Haïti, devenue plus tard la Force Armée d’Haïti (FADH). L’objectif étant clairement d’assurer la domination économique et politique du pays après la désoccupation. 

Dans le cadre de cette domination, l’armée haïtienne, produit de l’occupation, a joué un rôle prédominant, garantissant «ordre», maintien de la « paix » et reproduction du statu quo. Cette armée, mise en place pour opprimer et écraser toutes formes de révoltes populaires ou tout changement mettant en cause le statu quo, n’a pas levé le petit doigt quand les forces dominicaines de Trujillo massacrèrent des milliers d’Haïti à la frontière séparant les deux pays en 
1937. Une preuve flagrante montrant clairement que la fonction essentielle de cette armée d’Haïti est d’opprimer le peuple non pas de défendre une quelconque souveraineté nationale ou intégrité territoriale. 

Un peu plus tard, cette armée fut soumise par François Duvalier qui la domestiqua. Bon nombres des haut-gradés se transformèrent ouvertement en macoutes. Mais, fondamentalement, durant toute cette période, la fonction de l’armée, en tant que corps, est restée la même: garder intact le système d’exploitation, d’exclusion socioéconomique et politique du peuple haïtien. La moindre velléité de changement et de réformes est écrasée dans le sang. L’exemple le plus criant fut le massacre perpétré par cette armée en connivence avec les duvaliéristes lors du coup d’État de 1991 : des milliers de jeunes, de paysans, de patriotes luttant pour la transformation du pays, furent tués sans aucune forme de procès. Une autre preuve que cette institution militaire crée par les États-Unis en 
1915 et renforcée sous Jean-Claude Duvalier au début des années 1970 n’existe que pour protéger les intérêts des classes dirigeantes et perpétuer la domination étrangère sur le pays. 

C’est pour cette raison que les élites politiques et économiques ont toujours besoin de cet efficace outil d’oppression. Elles présentent l’inexistence de l’armée comme la cause de tous les maux du pays. Dans tous les médias, elles mettent en avant la remobilisation de l’armée pour assurer le développement, la sécurité des frontières... 

Aujourd’hui, conformément aux besoins de l’oligarchie, le gouvernement illégitime Tet kale II a lancé le processus de remobilisation de l’armée d’Haïti. Cela se fait dans un contexte où tous les secteurs sociaux sont pratiquement en grève pour de meilleures conditions de vie. D’un côté, les enseignant.e.s luttent depuis plusieurs années uniquement pour recevoir leur dû; les employés des hôpitaux exigent depuis plusieurs mois une augmentation salariale. De l’autre, la classe ouvrière recommence à prendre conscience dans sa force de frappe pour exiger de meilleures conditions de vie. 

Face à ces luttes, la remobilisation de l’armée constitue sans doute le dernier recours des élites politiques et économiques pour maintenir le statu quo. Les exclus ne veulent plus de ce système de misère et d’apartheid. Comme par le passé, les tenants du statu quo sont en quête d’instrument de répression et d’oppression. C’est à ce prix qu’ils espèrent continuer de tenir en respect la classe ouvrière, les syndicats et militant.e.s progressistes. 

C’est pourquoi nous rejetons systématiquement la remobilisation de l’armée. Au service du gouvernement illégitime de Moise-Lafontant, cette armée ne peut être qu’un outil d’oppression et de répression du peuple. Nous encourageons la classe ouvrière à se renforcer dans la lutte pour la transformation sociale!