Position du CNEH sur le programme d'école gratuite

La secrétaire générale de la Confédération Nationale des Educatrices et Educateurs d'Haïti (CNEH) Lourdes Edith Joseph se prononce

Par Jackson Rateau, Haiti Liberte, 11 janvier 2012, page 3, http://www.haiti-liberte.com/default.asp

Le programme d'éducation qui est un slogan de campagne harangué par le président Sweet Micky Martelly, n'a rien de vrai. Vide de sens et fondé sur une base de propagande, ce programme n'est que parole, rien que parole, sans action. A la grande gorge du président lançant ce programme, ceci depuis sa campagne présidentielle, plus d'un demeurait dans l'expectative et attendait.

Considérant la nécessité de l'éducation comme le mobile de développement intégré et aussi la valeur innommable de toute société, un tel programme sans une étude concrète, ne saurait être que farfelu, dans la mesure où il est le fil conducteur d'un appareil de corruption.

Dès son ascension au pouvoir, le président, suivant les avis de son conseiller spécial à l'époque, Laurent Lamothe, a institué une méthode pirate de prélèvement de taxes sur les appels téléphoniques rentrants et les transferts d'argent des compatriotes haïtiens vivant à l'étranger. Ces perceptions de taxe considérées comme illégales, n'ont été entérinées par aucune loi régissant la matière.

En fait, depuis le lancement du Fonds National d'Education (FNE) en août 2011 dernier, les 60 millions de dollars US collectés, et supposés être au compte de ce fonds, sont introuvables.

Un ministre pressenti de l'Education Nationale, Georges Mérisier, a payé pour avoir été trop indiscret, à dévoiler les vérités relevant de ces fonds. Il a été révoqué sans avoir même pris l'investiture. Il avait ainsi révélé que 28 millions de dollars US perçus à partir de ces taxes (transferts et appels téléphoniques) ont été déjà collectés.

Tout récemment, le lundi 9 janvier dernier, le PDG de la compagnie téléphonie Digicel, Denis  O’Brien, dans une déclaration au quotidien américain New York Times, a affirmé être informé d'une moins-value de 26 millions de dollars US dans les fonds de l'éducation. Il a communiqué ses intentions de présenter le dossier devant le président Micky, et qu'il demandera aussi de réaliser un audit. Monsieur O’Brien, présentant le dossier devant Martelly pour audit, deux faces d'une même médaille, quelle affaire ?

Dans une entrevue accordée à un journaliste de Radio Kiskeya, la secrétaire générale de la Confédération Nationale des Educatrices et Educateurs d'Haïti (CNEH) Lourdes Edith Joseph, intervenant pour faire le point sur les mensonges propagés dans le pays par l'équipe au pouvoir en Haïti dans cette affaire de propagande d'éducation gratuite, a porté les éclaircissements suivants:

************************

Cette propagande électorale d'éducation de qualité ou d'école gratuite promue par le président Martelly n'est pas nouvelle puisqu'elle avait commencée depuis 2001... En effet, depuis 2001, chaque année, en avril, il y a toujours une semaine mondiale d'action sur le thème << Education pour tous. >> Nous du CNEH, relativement à ce programme, nous avons toujours demandé à l'Etat de disposer de beaucoup plus d'écoles publiques. Car, il n'est pas possible qu'il y ait tant d'inégalité dans ce pays, avec cette quantité innommable d'enfants, quoique en age scolarisable, non admis à l'école ; et que nous sommes conscients de l'importance de l'éducation dans le développement d'un pays.

Dans le cadre du programme d'école gratuite de ce gouvernement, depuis le mois de septembre, nous autres au CNEH, avions averti ces responsables, leur disant : Attention ! L'école gratuite, pour qu'elle soit une réalité, exige beaucoup de conditions. La bonne volonté n'est pas suffisante, il faut aussi des qualifications.

Quand on avait reporté l'ouverture des classes pour octobre 2011 (année académique

2011-2012), nous avions pensé que l'état haïtien était en train de planifier ce programme en fonction de ses moyens, de sorte qu'il puisse apporter son apport, mais c'était faux. Nous mettons de côté les écoles publiques, puisqu'elles étaient des écoles gratuites dans le sens complet du terme. A la seule différence que les parents avaient payé des frais modiques, disons symboliques…

Dans le cadre du programme d'école gratuite du président Martelly, nous avions pensé qu'il allait avoir l'augmentation des écoles et des salles de classe. Est-ce pourquoi nous parlions de planification. Scientifiquement, si on veut parler d'effectif, il faudrait inévitablement augmenter les écoles, les salles de classe et les maîtres…

Le chiffre de 903 mille enfants dont parle le président, nous ne l'avons pas encore confirmé, mais nous enquêtons toujours, nous ne sommes pas encore en mesure de pouvoir le vérifier. Les écoles publiques, disons qu'elles n'étaient pas à cent pour cent gratuites. Les parents payaient une modique somme représentant les frais annuels. Ces enfants sont inclus dans le chiffre 903 mille, claironné par le président. On parle aussi des enfants faisant partie des écoles privées dont les frais de scolarisation doivent être payés sur base de contrat. Mais toujours est il, le chiffre (903 mille) reste nébuleux. Il n'existe pas une statistique détaillée, précisant le nombre d'enfants subventionné dans les écoles privées, publiques et communautaires. Nous en avons entendu parler à la radio, mais concrètement, nous n'en avons pas une meilleure appréciation.

On avait décidé de donner $ 90.00 US par enfant en première année fondamentale dans les écoles publiques. Cet argent devrait servir pour les autres enfants de l'établissement. C'était en fait, sur cette base qu'on avait éliminé les frais scolaires…

Il y a des enseignants qui, jusqu'à présent, n'ont rien reçu de leur salaire, car, les directeurs d'école attendaient les fonds qui devaient arriver du programme. C'était tout un dilemme pour eux de traverser le cap du premier trimestre… A ce niveau, cet enseignant qui a travaillé avec tant de peine, a passé les fêtes de fin d'année sans un sou. Moralement, psychologiquement, il n'est pas prêt à recommencer le travail pour la nouvelle année.

Alors qu'ils préconisent à tout bout de champ une école de qualité. Comment peut-on parler d'école de qualité quand un enseignant n'est pas à même de recevoir son salaire. C'est une véritable confusion. Les directeurs d'école sont sous la pression de toute part. Les parents savent que la scolarité de leurs enfants est payée par l'état, ce qui est faux. N'ayant pas d'argent pour l'impression des carnets, les élèves reviennent en classe après les vacances, sans résultats de leurs travaux, c'est tout un dilemme. Maintenant il existe de grands conflits entre les parents et les responsables d'écoles. Conflits aussi entre les directeurs d'écoles privées et les enseignants, puisque, n'étant pas en mesure de les payer.

Les responsables de l'Etat, étant les auteurs de toutes ces confusions, de tous ces conflits, de tous ces dilemmes, nous leur demandons de porter une solution dans l'immédiat. L'école gratuite, oui, mais de manière ponctuelle et rationnelle.

Nous avons même demandé, sans succès bien entendu, que soient publiées les listes des écoles ayant bénéficié de ce programme de 903 mille enfants. Nous profitons de ce micro pour le demander publiquement…

L'exécutif, ayant déclaré aux parents de ne pas payer les frais scolaires, alors qu'en réalité, il n'a pas déboursé même un sou depuis le mois d'octobre 2011 et les directeurs d'écoles publiques faisant face à d'énormes difficultés. En terme de matériels didactiques, les écoles sont dépourvues de tout : craies, brosses, carnets, balais, désinfectants, instruments géométriques etc. Les cantines ne sont pas fonctionnelles…

* “I’ve spoken with President Martelly about this, and there will be an audit,” Mr. O’Brien said. “I will make it my business that it will be audited, one way or the other.”