Grand Ravine Martissant : 2 policiers tués !

Par Jackson Rateau, Haïti Liberté, édition du 15 au 21 novembre, 2017

Depuis des années déjà, les quartiers de Grand Ravine, Martissant et Cinquième Avenue-Bolosse, situés au sud de Port-au-Prince, sont considérés comme étant des zones de non-droit dans la capitale haïtienne ; puisque des bandits hors-laloi, lourdement armés et de surcroit supportés par les gouvernements des bandits légaux, s’y établissent et agissent à leur guise, tuant qui ils veulent. Cette situation désastreuse qui a trop duré a causé des pertes considérables en vies humaines. Dépendant du niveau de température affichée dans le baromètre de ces quartiers, la situation est parfois calme, parfois très surchauffée. Des bandes armées qui se battent entre elles transforment ces quartiers en champ de guerre sinistre où après les combats meurtriers, il faut partir en urgence avec les blessés et inhumer les cadavres.

Depuis plus de trois semaines, la situation de la commune de Martissant se révèle très tendue. Ces bandits, alliés des bandits légaux de PHTK au pouvoir, règnent en maitres dans les dits quartiers, semant le deuil par-ci par-là. La population ne sait où donner de la tête. Le lundi 13 Novembre 2017, Garry Desrosiers, le porte-parole adjoint de la PNH dans le cadre d’une vaste opération policière visant à chasser ces bandits a fait savoir que « C’est dans l’idée de venir en aide à la population terrorisée, depuis plusieurs semaines, par des gangs armés, que l’opération a été lancée »

Ainsi deux policiers ont été victimes, Boyard Jimmy et Philidor Guy Evens, respectivement de la 18e et 22e promotion de l’UDMO. Selon la PNH le bilan est de 5 morts et de 7 blessés. Pour les habitants, il y en a plus. Selon le commissaire de police Jean Ismagne Auguste, c’est le pasteur du collège Maranatha Armand Louis qui a induit les policiers en erreur en les conduisant à un dépôt où il prétendait que les bandits avaient caché des armes. Alors que les policiers faisaient des manoeuvres pour entrer dans ce dépôt situé dans les parages du collège, des bandits armés de Galil, de Kalachnikov ont ouvert le feu à bout portant sur les policiers a expliqué Auguste.

Pendant tout le reste de la journée d’hier, la tension était très surchauffée où de sourdes détonations d’armes automatiques faisaient vibrer toutes les périphéries de Matissant, de Bolosse et de la Cinquième Avenue. La journée est restée toute perturbée : pas d’activités commerciales ni scolaires ; quant à la circulation des véhicules, n’en parlons pas, car il n'y en avait pas. La majorité des habitants avait fui ces quartiers.

Quelques riverains qui se trouvaient proche de l’Eglise Baptiste de Martissant se sont ainsi exprimés : « Nous vivons une situation terrible ici. Que l’on soit à Matissant, à Bolosse, à la Cinquième Avenue ou à Grand Ravine, personne n’est épargnée. Nous ne savons quoi faire ni où aller. Nous sommes sous le règne des voyous, le règne des bandits. Pas de police, pas de gouvernement, nous sommes livrés à nous-mêmes ».

« Nous sommes ici dans le marché, en train d’assurer notre boulot. Mais, c’est une situation très tendue. Des tirs partout. Nous sommes tous en danger. Un homme vient de passer qui nous a dit de fermer nos bagages et de partir tout de suite. Si cette situation demeure, nous mourrons tous », a déclaré une marchande très inquiète pour sa vie et celle de ses autres camarades marchandes. « Beaucoup de gens courent dans toutes les directions...Tout résulte de la tolérance des autorités précédentes et celles d’aujourd’hui. Ce matin seulement deux policiers sont morts et il y a un nombre incalculable de blessés, policiers et civils confondus. La police à procédé a beaucoup d’arrestations ; mais elle n’a pas touché à la vraie cible. Ce ne sont que des malheureux, des innocents qui sont victimes, car la police ne se dirige pas vers les bandits armés...ces bandits sont associés aux parlementaires, aux ministres, au Premier ministre, au gouvernement entier et même au président. Les policiers, eux aussi ont des bandits qui travaillent pour eux, alors que peuton espérer? Le pays c’est comme un bateau à la dérive au large d’un océan », a ainsi commenté un habitant de Matissant.