Articles originales en français

Jean Garry Denis, Tout Haïti, le 12 novembre 2017

Lè m ap monte Mòn Kawo, m chanpwèl o Kolobri, kolobri, nan gran chimen, na konte pa    Ces paroles proviennent d’un chant traditionnel des cérémonies vodou dans le département du Nord. Elles tirent son origine dans l'Artibonite. L'enseignement historique transmis à l'orale de génération en génération dans les "Lakou" à travers ce chant constitue un patrimoine pour le combat du peuple haïtien. Les grandes batailles menées par les masses esclaves, ignorées par les historiens affranchis, sont toujours valorisées par les fils des bossales. Ainsi, Morne Kawo qui fut un lieu de résistance contre la tyrannie esclavagiste est honoré à travers ce chant.

Présentant un relief accidenté dans une zone hautement montagneuse, Kawo se trouve à l’intérieur des communes de Maïssade, Saint-Michel, Marchand-Dessalines, Petite-Rivière de l’Artibonite, Boucan-Carré et Thomonde. Il est à cheval sur les départements du Centre et de l’Artibonite. Selon Moreau de Saint-Mery, Kawo doit son nom à la déformation linguistique par les Français du mot des envahisseurs espagnols qui l’avaient appelé «Las Cahobas ».

Dans l’imaginaire populaire au niveau de l’Artibonite, Kawo est considéré comme un haut lieu du mysticisme haïtien où s’abritent les esprits vengeurs et protecteurs de la République. Ce fut aussi un espace de marronnage et de résistance durant les grandes batailles de la guerre de l’Indépendance. Sa localisation stratégique en fait un emplacement idéal pour le ravitaillement des marrons et l’attaque des riches propriétés des colons esclavagistes dans les plaines du Nord, la plaine du cul-de-sac et de la vallée de l’Artibonite.

Les marrons du Nord empruntaient plusieurs itinéraires pour accéder à cet espace leur permettant de rompre avec les chaînes de la captivité. Lors des festivités champêtres dans le Nord, en particulier la fête de Saint Jacques (Ogou Feray) dans la Plaine du Nord le 24 juillet, les pèlerins vodouïsants provenant des zones de Kawo utilisent presque le même parcours que celui utilisé par les guerriers et les marrons de l’époque coloniale. Les points de rencontres à l’intérieur de ces itinéraires constituent des espaces sacrés pour les vodouïsants. Les plus importants sont : la porte et le bassin Saint-Jacques dans la commune de la Plaine-du-Nord, les grottes de Dondon spécialement la Voûte à Minguet, la Grotte Saint-Francisque à Saint-Michel de l’Attalaye.

Il faut dire que selon certains témoignages,Mackandal avait créé une réplique de Kawo dans le grand Sud. En ce sens, Il avait délégué Makaya, un esclave marron, guérisseur et qui vivait dans les bois, pour organiser la résistance contre la tyrannie esclavagiste dans,le grand Sud. Aussi, on attribue l’origine du nom de pic Makaya,à la présence active de cet esclave révolutionnaire dans cette région. Le rituel Macaya se basa sur les plantes et les feuilles, et est plus populaire dans le Sud que dans les autres régions du pays. SimbiMacaya, un esprit marron est surtout vénéré dans le pic Makaya.

En 1801, Napoléon Bonaparte, dans le cadre d’une expédition soigneusement préparée par lui-même, a fait choix de son beau-frère, le Général Leclerc, pour la diriger. Il a envoyé une force de plus de 20,000 soldats parmi les plus aguerris et les mieux préparés. Il s’agissait surtout de contenir le soulèvement du Bois-Caïman en 1791 et les turbulences causées par l’affranchissement de l’esclavage par Sonthonax suite à l’affaire Galbaud qui a créé l’une des plus grandes crises de migration de l’époque. Dans ce cadre, plus de dix mille colons ont laissé la colonie afin d’éviter la furie des esclaves révoltes.

Suite au déploiement de l’expédition, la stratégie de défense de l’armée indigène contre les troupes expéditionnaires consistait à pratiquer la politique de la «terre brûlée » à incendier les plantations dans les plaines, chambarder les villes pour regagner les hauteurs accidentées et inaccessibles. Cette stratégie est cristallisée dans les réponses de Christophe à Leclerc,le premier ayant refusé d’obéir à l'ordre du second de lui livrer la ville du Cap-Haïtien: vous n’entrerez dans la ville que lorsqu’elle sera réduite en cendres, et même sur ces cendres, je vous combattrai encore. La force de cette stratégie était surtout axée sur l’inaccessibilité de Morne Kawo, car cet espace constituait durant toute la durée de l’expédition Leclerc une base de repli, de concertation et d’intelligence pour les généraux de l’armée Indigène.

Toussaint Louverture avait sa base secrète au niveau de Savane Diane, ville de Maïssade, dans une localité dénommée Madan Jwa à l’entrée de Kawo. À partir de cette zone qui constitue un motif de fierté pour les natifs de la commune de Maïssade, Toussaint Louverture dirigeait un groupe secret, constitué du corps d’Élite appelé les Dragons. Selon les informations recueillies, ce corps fonctionnait la nuit et était complètement nu pour ainsi se camoufler et détecter les mouvements des forces expéditionnaires.On assimile la formation de plusieurs sociétés secrètes dans le vodou (Chanpwèl et Bizango) aux stratégies de combat des troupes indigènes durant la guerre de l’Indépendance.

Il est tout aussi important de rappeler que deux des plus grandes batailles durant l’expédition Leclerc se sont déroulées dans le périmètre immédiat du Morne Kawo : Les batailles de la Ravine à Couleuvre et de la Crête à Pierrot. Lors de la bataille de la Ravine à Couleuvre, les troupes de Toussaint ont affronté vaillamment celles de Rochambeau. Après cette bataille, Toussaint s’est replié dans les hauteurs du Kawo, dans le quartier de Madan Jwa, en déviant l’attention des troupes expéditionnaires.

La Crête à Pierrot a été une bataille décisive. L’héroïsme de nos ancêtres a largement dépassé celui de Vertières. La Crête à Pierrot constitue l’un des plus hauts faits d’armes de la science militaire de l’époque. Plus de 12 mille soldats français ont encerclé les quelque 1200 soldats indigènes cantonnés dans le fort. Malgré ce dispositif impressionnant des forces françaises, selon les mémoires de Pamphile de la Croix, un général des forces expéditionnaires qui eut la commande d’une division :cette bataille avait coûté 1500 soldats en pure perte à l’armée française.

Il est à signaler que le prestigieux général Debelle, qui s’était couvert de tant de gloire durant la campagne d’Italie, s’est aussi fait tuer durant cette bataille.Apres plus de 20 jours de siège, la très grande majorité des soldats indigènes a tout de même réussi à créer une percée en rejoignant la communauté des soldats marron à Kawo Médor, petite localité de Kawo proche de la Petite Rivière de l’Artibonite, l’une des principales portes d’entrée à Kawo. Ils n'ont laissé que les morts et les blessés.

Toujours selon Pamphile de la croix, la Crête à Pierrot a été la pire humiliation subie par l’armée française.Cette déconvenue affligea vivement le Capitaine Général Leclerc qui s’engagea à pallier dans ses rapports officiels. Plusieurs sources concordent à dire que le Général vietnamien Ho Chi Minh, fervent admirateur de Jean-Jacques Dessalines, a utilisé les mêmes tactiques que celles de la Crête à Pierrot pour affronter les forces américaines durant la guerre de Vietnam vers la fin des années 60.

Pour conclure, nous disons que notre vraie histoire est intimement liée à notre culture, plus précisément le vodou. Les chansons vodou constituent un patrimoine qui pourrait servir à la réhabilitation de certains faits historiques, la promotion de notre culture et la reconquête de notre identité, pour le développement d’un tourisme autre, basé sur le respect des traditions entourant ces sites. Malheureusement l’histoire officielle, que nous considérons comme le fruit d’une alliance tacite entre les affranchis et les puissances coloniales, a choisi d’embrasser les valeurs d’une Europe chrétienne esclavagiste en faisant fi de l’héritage culturel de nos ancêtres africains. En rompant avec les paradigmes traditionnels de cette Histoire Officielle, bien d’autres événements qui ont marqué positivement notre histoire et qui pourront nous redonner cette grande fierté vilipendée, avilie, bafouée, outragée et ridiculisée par d’autres, restent plus que jamais à découvrir et à explorer.http://www.touthaiti.com/culture-loisirs/5350-morne-kawo-une-histoire-oubliee


Radio Caraibes, Haiti, le 11 nov. 2017

La Commission sénatoriale spéciale d’Enquête (CSSE) présidée par le sénateur Evalière Beauplan, chargée d’approfondir le rapport de la commission d’Éthique et Anticorruption dirigé par le sénateur Youri Latortue, a recommandé que l’action publique soit mise en mouvement contre : l’ancien ministre des TPTC, Jacques GABRIEL pour forfaiture, concussion et détournement ou dissipation de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127 et 128, 135 et 340 du code pénal et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ;  les anciens directeurs généraux du BMPAD : Michael LECORPS et Eustache ST-LOT pour forfaiture, concussion et détournement ou dissipation de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127 et 128, 135 et 340 du code pénal et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la Corruption ; l’ancien Premier ministre et ministre de la Planification et de la Coopération externe Jean Max BELLERIVE, pour forfaiture, concussion, détournement de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135 et 340 du code pénal, et en conformité aux articles 5.5,5.8,5.9,5.10,5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ; contre les membres du comité d’appel d’offres qui sont : Hervé DAY, Michel CONTENT et Lionel GRAND PIERRE, pour forfaiture, délits de fonctionnaires, corruption et concussion,  faits prévus et punis par les articles 127, 128, 136, 137 et 135 du code pénal ainsi que les dispositions des articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ; Hebert DOCTEUR, ex-ministre de l’Agriculture  pour usurpation de titre selon les articles 217 et 218 du code pénal haïtien ; Laurent Salvador LAMOTHE, ex Premier ministre et ministre de la Planification et de la Coopération externe, pour forfaiture, concussion, détournement de deniers publics et soustraction de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135, 340 et 130 du code pénal, et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12  de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ; Josefa GAUTHIER,  pour forfaiture, concussion, détournement de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135 et 340 du Code Pénal, et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ; Jacques  ROUSSEAU,  pour forfaiture, concussion, détournement ou dissipation de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135 et 340 du code pénal, et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ;  Marie Carmelle  JEAN MARIE, ex-ministre des Finances pour détournement ou dissipation de deniers publics conformément à l’article 340 du code pénal et en conformité aux dispositions des articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption, Wilson LALEAU, ex-ministre  des Finances, pour détournement ou dissipation de deniers publics conformément à l’article 340 du code pénal et en conformité aux dispositions des articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ; Florence Guillaume DUPERVAL, ex-ministre de la Santé publique pour forfaiture, concussion,  détournement de deniers publics,  soustraction de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135 , 340 et 130 du code pénal, et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ;  Stéphanie Balmir VILLEDROUIN, ex-ministre du Tourisme publique pour forfaiture, concussion,  détournement de fonds publics,  soustraction de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128, 135, 340 et 130 du code pénal, et en conformité aux articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption ;  Yves Germain JOSEPH, ex-ministre de la Planification pour forfaiture, concussion, détournement  ou dissipation de deniers publics,  soustraction de deniers publics, faits prévus et punis par les articles 127, 128,135, 340et130 du code pénal et en conformité aux dispositions des articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant  prévention et répression de la corruption et  Max Rudolph SAINT-ALBIN, pour détournement ou dissipation de deniers publics conformément à l’article 340 du code pénal et en conformité aux dispositions des articles 5.5, 5.8, 5.9, 5.10, 5.12 de la loi du 12 mars 2014 portant prévention et répression de la corruption. 

La commission recommande aussi de mettre l’action publique en mouvement  contre les responsables des firmes suivantes : J & J Construction & Co ; ROFI S.A ; IBT S.A, HADOM  Constructora S.A. pour escroquerie conformément aux dispositions de l’article  337 du code pénal, sans préjudices aux responsabilités civiles. 

En ce qui concerne les firmes ci-dessous mentionnées : ENSTRAP ; MAXITECH S.A  ; GPL SOLAR LLC ; ESOLAR  HAITI  SUNTECH SOLAR HAITI S.A. ; ENERSA, BUROCAD ; COMPHENER, GREEN SOLAR SPECIALIST, selon les informations recueillies par la commission lors de son investigation sur le terrain, elles ont bénéficié des contrats passés de gré à gré pour des montants exorbitants à partir d’une enveloppe de treize millions de dollars américains segmentés en parts. Ce qui a permis aux ordonnateurs de violer les règlements de passation de marchés publics et de pouvoir ainsi octroyer des contrats à des compagnies choisies sur la base de clientélisme et de népotisme. Il faut signaler que ces opérations ont été effectuées en dehors de la période d’urgence. Aussi, la commission recommande-t-elle aux autorités judiciaires d’approfondir l’enquête en vue d’établir la responsabilité des dirigeants de ces firmes. 

L’enquête, lit-on dans le rapport, a clairement démontré avec force détails que : les règles de passation de marché n’ont pas été respectées. Bref, la loi sur la passation des marchés publics a été systématiquement violée. Beaucoup de firmes choisies n’étaient pas éligibles au moment de la signature de leurs contrats ; les critères d’ordre technique, juridique et financier n’ont pas été respectés dans tous les cas ; les intérêts de l’Etat dans la majorité des cas n’ont pas été protégés ; l’efficacité et l’opportunité des dépenses publiques sont sujettes à de sérieux  doutes.   L’application des normes relatives à la loi des finances a toujours été écartée; le Certificat de non objection de la CNMP dans la majorité des contrats conclus avec des firmes n’est pas obtenu.   L’approbation de la CSC/CA est parfois mentionnée dans certains contrats alors que dans d’autres elle n’existe pas ; certains contrats ne comportent pas de date de signature. Un contrat a même été signé avec une personne décédée. Souvent es documents d’éligibilité ne sont pas conformes; les délais d’exécution des travaux ne sont pas toujours respectés. Parfois, ils sont incomplets ;  les pénalités de retard ne sont pas prélevées;  les prélèvements de 2% pour le compte de la DGI ne sont pas indiqués ou  sont parfois effectués sans aucun document attestant leurs paiements ou leur restitution effective à la DGI; des écarts positifs matériels sont constatés au niveau du coût d’un (1) KM de route entre deux entrepreneurs évoluant dans le même secteur d’activité,  pour la même période et dont les spécificités des travaux sont similaires.

Certains projets sont exécutés  avec mention phase 2  dans un deuxième  contrat tandis que le contrat initial n’avait nullement prévu des travaux additionnels.  Certains contrats  comportent des avenants dépassant le seuil de 30% prévu par la loi. Certains contrats font mention de réhabilitation de route sans préciser le nombre de kilomètres à réhabiliter; le nombre de kilomètres de certaines routes est inférieur à celui défini dans le contrat ;  l’évidence de surfacturation est constatée dans de nombreux projets ; une utilisation abusive des avenants aux contrats initiaux permettant de décaisser des fonds additionnels pour couvrir les fraudes lors des passations de marchés. De plus, une grande partie des projets financés par PETRO CARIBE a été considérée comme surfacturée. 

Cette mauvaise pratique a été installée dans le but de favoriser les versements de prébendes, de commissions et d’autres avantages inavouables. Elle constitue un indicateur puissant de la corruption qui a entaché l’utilisation du fonds PetroCaribe. Ne disposant ni de pouvoir légal ni de dispositions statutaires pour accéder aux comptes des personnalités responsables de ces forfaits tant au niveau des banques locales qu’internationales, la commission souhaite  ardemment que la justice se saisisse de cet aspect du dossier en mobilisant tous les moyens qui sont mis à sa disposition y  compris l’entraide judiciaire des partenaires internationaux en vue de mieux appréhender les tenants et aboutissants de ce dossier et de fixer la responsabilité de ceux et celles qui se sont rendus coupables des infractions perpétrées à partir  de l’exécution des projets liés au Fonds PetroCaribe.   La commission croit qu’il est aussi opportun de recommander à l’assemblée des sénateurs de se pencher sur une résolution qui a été prise par le gouvernement provisoire de Privert/Jean-Charles, dans le cadre du fonds PetroCaribe. 

En ce qui a trait aux acomptes non prélevés au profit de la DGI, lesquels accusent un montant de plus de deux milliards de gourdes, ce qui constitue un manque à gagner énorme pour le fisc, la commission recommande que l’État haïtien à travers la DGI réclame immédiatement ledit montant, sans préjudices des poursuites pénales contre les personnes responsables, conformément à la loi. 

Fort des considérations qui précèdent, la CSSE croit pouvoir déclarer que le Fonds PetroCaribe a été l’objet de détournement, de concussion, de malversation et prévarication de la part de ceux et celles qui sont indexés dans le présent rapport.  

Les cas spécifiques qui ont retenu l’attention des commissaires et pour lesquels la commission attire particulièrement l’attention  tournent autour des sujets suivants : 

1- Les prélèvements obligatoires de l’acompte de 2% au profit de la DGI, dans Presque tous les cas, n’ont pas été effectués  

2- Toutes les firmes dominicaines et certaines firmes haïtiennes n’étaient pas éligibles au moment de la signature des contrats.

3- La route du Cerca Cavajal : Le nombre de km de la route est inférieur à celui défini dans le contrat. Elle mesure en réalité 10.5 km alors que le ministère de la Planification  et de la Coopération Externe a payé pour 17 km. 

4- La place Hugo Chavez : le contrat a subi deux avenants totalisant 30% du projet. Un deuxième contrat appelé phase II a été signé avec la même firme  par Yves Germain JOSEPH, ministre de la Planification d’alors, sans qu’il ait été prévu des travaux additionnels  dans le contrat initial. 

5- Les travaux de réhabilitation/ construction de la route minoterie-Lafiteau (7 km) qui s’élèvent à US 10, 391,175, réalisés par HL Construction ont été surfacturés. Le coût du km est donc US 1,484, tandis que le coût d’un  km d’une autre firme évoluant dans le même secteur d’activité pour la même période et dont les spécificités des travaux sont similaires est estimé à US 995 ; d’où un écart de 489 dollars américains par km.

6- Les avenants portés aux contrats relatifs à la construction de la route reliant la baie de l’Acul à carrefour Barrière Battant ont dépassé le seuil prévu par la loi. Ils sont arrivés jusqu’a 82% du coût initial du projet. Ils sont signés par Jacques ROUSSEAU, ministre des TPTC. 

7- Le marché de Fontamara : Le montant décaissé pour la construction de ce marché est largement supérieur à l’état d’avancement des travaux.

8- La firme J&J Construction qui a signé des contrats avec des maitres d’ouvrages a été dissoute avant même la signature desdits contrats.

9- La signature d'un contrat entre le MSPP et une personne décédée. 

10- Intervention directe de certains ministres des Finances au fonds du BMPAD dont Wilson LALEAU, pour effectuer des décaissements sans aucune résolution en Conseil des ministres.

11- Des directeurs généraux du BMPAD : Eustache St-Lot et Michael LECORP ont  procédé à des décaissements provenant du fond PetroCaribe sans aucune résolution préalable. 


12- Des ministères, tels ceux du Tourisme, de la Santé publique de la Population n'ont pu produire des pièces justificatives relatives aux décaissements des sommes assez importantes sous la gestion de Madame Stéphanie B. VILLEDROUIN et de Madame Florence G. DUPERVAL, selon ce rapport déposé officiellement et non encore signé.

Présents et absents du rapport approfondis...

L’ex-ministre de l’Économie et des finances, Daniel Dorsainvil, épinglé dans le rapport de Youri Latortue pour détournement de fonds publics n’est pas dans le rapport de la CSSE. Harold Elie et Nonie Mathieu, anciens présidents de la CSC/CA accusés de fautes graves dans l’exercice de leurs fonctions pour approbation de contrats illégaux, ne sont pas non plus dans ce rapport. Inversement, l’ex-ministre du Tourisme, Stéphanie Balmir Villedrouin, Max Rudolph St-Albin figurent dans le rapport d’enquête approfondis.

L’ex-ministre de l’Economie et des finances, Wilson Laleau, est actuellement le chef de cabinet du président Jovenel Moïse et l’ex-ministre de la Planification Yves Germain Joseph est le secrétaire général de la présidence. 

La commission a travaillé sur treize résolutions qui le concernent pour la période allant de septembre 2008 à septembre 2016.

Le rapport sera présenté et débattu en séance le mardi 14 novembre 2017. Le journal n'a pas encore recueilli les commentaires des personalités et firmes épinglées.

Par Haïti Press Network, le 9 nov. 2017

Le Ministre de l’Intérieur et des Collectivités Territoriales,  Max Rudolph Saint Albin, a annoncé, mercredi, que l’enquête était sur la bonne voie dans le dossier de falsification de chèque au sein de son département ministériel. Il a précisé  qu’un réseau, ayant des ramifications dans le secteur public et dans le secteur privé, spécialisé dans la falsification des chèques a été découvert et  que 12 individus ont été appréhendés.    Le Ministre a rappelé que l’institution qu’il dirige est pour la transparence dans le cadre de l’enquête du piratage du compte et la falsification de chèques du MICT.

Dr Max Rudolph Saint Albin a souligné que plusieurs institutions nationales et internationales sont en train de conjuguer leurs efforts pour boucler cette enquête et appréhender tous les individus qui seraient impliqués dans ce dossier.

Parmi les individus appréhendés par la PNH dans le cadre de cette affaire, certains étaient déjà l’objet d’avis de recherche pour leur implication présumée dans le trafic de stupéfiants et de crimes financiers, a-t-on lu dans un communiqué du ministère de la Communication.

Le titulaire du MITC a profité de cette occasion pour lancer un appel à la vigilance aux autres Ministres en les invitant à procéder à des conciliations bancaires régulières et à utiliser le service d’accès en ligne des comptes bancaires de leur ministère. Le Ministre encourage l’Association Professionnelle des Banques (APB) à renforcer les procédures régulières de contrôle relatif aux informations des clients.

Il a par ailleurs invité la population à faire confiance aux institutions étatiques, tout en rappelant que l’Administration Moïse et le Gouvernement Lafontant entendaient mener une lutte sans faille contre la corruption.

Plus de 19 millions de gourdes ont été soutirés au trésor public par des faussaires.

Par Alter Presse, Haïti, le 10 novembre 2017

Environ un mois après les brutalités policières, les conclusions de l’enquête de l’Inspection générale de la Police nationale d’Haïti (IgPnh), se font encore attendre sur les violences, perpétrées, dans l’après-midi et la soirée du jeudi 12 octobre 2017, par les agents de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (Boid), sur les habitantes et habitants de Lilavois (une agglomération de Bon Repos, au nord de la capitale), selon les informations rassemblées par l’agence en ligne AlterPresse.

Beaucoup d’officiels tendraient à banaliser les brutalités policières à Lilavois, faisant accroire que les habitantes et habitans auraient, eux-mêmes, incendié leurs maisons... à Lilavois 10 et fait porter la resposabilité aux agents de la Boid, dépêchés à cette date.

Un des éléments, devant sortir de l’enquête de l’IgPnh, consisterait en le nombre d’agents de la Boid, déployés à Lilavois, après l’assassinat de l’un des leurs. Un autre élément attendu, c’est la quantité d’arrestations (les personnes arrêtées on-elles été traduites devant la justice ? qu’est-il advenu des personnes arrêtées et portées disparues, voire abattues parballes, à l’exemple d’un gardien de l’entreprise Euro Blocs, rapporté par l’Observatoire haïtien des droits humains / Ohdh, dans un rapport d’investigation sur les lieux des violences) et d’exactions commises, etc.

En représailles à l’assassinat, le jeudi 12 octobre 2017, de l’agent de la Boid Wadson Jean, par des bandits armés circulant à moto à Lilavois 39, les agents de la Boid sont soupçonnés d’avoir incendié plus d’une dizaine de maisons et commerces, brûlé des voitures et des motocyclettes..., voire d’avoir exécuté ou fait disparaître des personnes arrêtées. Mais, ils ont malmené des mécaniens à l’intérieur d’un garage à Lilavois 11, bastonné des riverains en faisant gicler leur sang...

L’enquête de l’IgPnh doit vérifier les témoignages des habitantes et habitants de Lilavois, ainsi que des organismes des droits humains, affirmant que des personnes, arrêtées par les agents de la Boid, n’ont jamais été retrouvées par leurs familles, indique la mairie de la Croix-des-Bouquets, dans une interview à l’agence en ligne AlterPresse.

« L’enquête terminée, le pouvoir central et la Pnh doivent dédommager les personnes victimes de ces violences », souhaite la mairie de la Croix des Bouquets, qui déplore le caractère « fracassant et émotionnel » de l’intervention d’agents de la Boid à Lilavois, le jeudi 12 octobre 2017.

Tout en réaffirmant sa volonté de créer un climat sécuritaire dans la zone de Lilavois, la mairie de la Croix des Bouquets n’a pas encore annoncé le type d’accompagnement, qu’elle avait promis aux victimes des brutalités policières, lors du constat de l’ampleur des dégâts, dans la matinée du vendredi 13 octobre 2017. Par un juge de paix, en présence du maire principal de la municipalité, Rony Colin.

Au micro de journalistes, plusieurs habitantes et habitants de Lilavois ont dénoncé les abus, dont ils ont été victimes d’agents de la Boid.

« Lors des opérations policières des agents de la Boid, ce jeudi 12 octobre 2017, je me suis mise à trembler face à la terreur constatée. Notre maison a été incendiée, notre commerce, notre argent, les fournitures classiques de mes enfants, y compris un lap top, et d’autres effets personnels, qui s’y trouvaient n’ont pas été épargnés par les violences des agents de la Boid », a témoigné, à AlterPresse, l’une des victimes, Mona Pétion, qui affirme souffrir d’hypertension artérielle.

« Nous habitions la maison, aujourd’hui incendiée, depuis 1981, à l’époque où le sac de ciment gris (de construction) était vendu à 12 gourdes », se rappelle Mona Pétion.

« Je ne sais pas ce que je vais faire. Je n’ai plus rien. Je vais parler avec mes créanciers pour leur demander de me donner un délai raisonnable, pour que je puisse les rembourser, après ces pertes », espère-t-elle, les larmes aux yeux.

« À présent, je n’ai nulle part où aller. Les policiers, qui ont fait la descente chez moi, m’ont accusé d’être de connivence avec de jeunes suspects à Lilavois 10. Moi, je suis une personne d’église, qui n’aime pas la violence », confie-t-elle.

Après l’incendie de sa maison, Mona Pétion a dû se réfugier chez des proches, la nuit du jeudi 12 octobre 2017. Le lendemain, c’est la solidarité de voisines et de voisins qui a empêché Mona Pétion de perdre la tête, tant elle paraissait effondrée et visiblement traumatisée par la violence des abus subis.

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont condamné l’attaque des agents de la Boid contre la population de Lilavois, qui serait « comparable, tant dans sa méthode, que dans ses résultats, à « un acte terroriste », selon l’Observatoire haïtien des droits humains (Ohdh).

Par Berthony Dupont, Haïti Liberté, édition du 1er au 7 novembre 2017

Selon toute vraisemblance en Haïti, la situation politique au sein de l’opposition plurielle  est justement bloquée. La maladie de l’ancien sénateur Moise Jean-Charles ne va-t-elle pas lui jouer un mauvais tour à savoir réduire en peau de chagrin l’édifice combien fragile de la mobilisation en cours contre le pouvoir?

L’évolution de la situation nous a permis de faire toute la lumière sur le rôle sinistre que pourraient jouer certains dirigeants. De plus, bon nombre d’entre eux et surtout parmi les plus fougueux et les plus virulents peuvent être directement ou non à l’origine de bien des erreurs et même des excès inutiles. Et puis, il y a ceux qui, délibérément, ont, de par leur position de classe, amorcé la crise puisqu’ils ne pouvaient rien présenter aux masses populaires ni même leur proposer une alternative fiable et idéale de pouvoir. Aucune démarche tendant à le susciter ou à le rendre catalyseur d’un projet clair de façon à identifier un objectif, un choix valable qui aurait pu transformer ses faiblesses en force irrésistible et victorieuse de façon à briser irréversiblement certains mythes et même le caractère tabou du régime pourri et corrompu et surtout du système politique et idéologique sur lequel il s’appuie.

Il ne s’agit pas tout simplement de prendre le pouvoir ou de rejeter un président. C’est trop facile. L’essentiel pour ne pas dire le mieux, c’est de construire la bataille. Le changement ne se fait ni ne se donne. On le construit, mieux, on l’organise!

Toute lute politique a ses méthodes, c’est à dire ses caractéristiques propres. Pour le reste, nous sommes de ceux qui au terme d’une expérience amère entre 1990 et 91, mais pourtant combien féconde,  n’ont jamais hésité à avouer que le seul fait politique qui peut provoquer un sursaut de changement chez les masses populaires haïtiennes reste la capacité de ses organisations ; si elles sont conformes à la liberté, au progrès, à la justice sociale, à l’indépendance et a la dignité. Nos ancêtres esclaves le savaient bien; puisque pendant seulement 13 ans, ils ont fait l’expérience heureuse et victorieuse justement de  cette règle sans exception pour combattre le système inhumain, rétrograde d’esclavage, à savoir que seule une force organisée, structurée, disciplinée, hiérarchisée est capable d’aboutir à un résultat tangible, positif, efficient, utile.

Ce n’est point simplement une question de rendez-vous pour des manifestations par-ci, par-là. Celles-ci  ne sont pas suffisantes. Elles doivent s’accompagner inévitablement et de façon indispensable d’un travail de réflexions idéologiques de façon à cimenter l’idéal collectif des forces populaires, démocratiques et progressistes. L’opposition peut-elle s’y astreindre ? That is the question.

Persister dans une démarche autre sans essayer de rectifier le tir revient à se demander si ce n’est pas duper le peuple; puisqu’il n’y a que deux camps; ou bien l’on est dans le camp du peuple ou bien dans celui de ses adversaires. Se présenter dans une manifestation contre le gouvernement ne donne à personne pour autant un certificat de progressiste. Il en faut plus.

Pour en avoir le coeur net et se mettre vraiment à l’oeuvre, il est important et indispensable de discerner et de reconnaitre quelles sont les vraies orientations du peuple quand il revendique dans les rues. C’est uniquement quand la rue est identifiée en tant que force organisée, qu’on peut espérer d’elle quelque chose de constructif, de positif. Pourquoi ? Parce que dès lors elle représente non pas seulement un simple «rouleau compresseur» sans boussole, mais un parti d’avant-garde, un secteur bien déterminé ayant non seulement une vision, un agenda clair, mais un objectif à atteindre.

A ce stade de la lutte pour le changement, certes personne n’est indispensable; n’empêche, on doit savoir, on veut savoir la vraie orientation d’un courant politique: est-il patriotique, progressiste, ou ne l’est-il pas ? Tout le monde doit pouvoir le discerner et le cerner pour ne pas avoir à applaudir des imposteurs. Car ce n’est par l’argent de la bourgeoisie qui nous aidera à sortir du pétrin qu’est l’absence d’organisation, encore moins le hasard. L’important est que la force organisationnelle découle clairement d’un Manifeste d’Unité Populaire.

Reculer devant ce devoir ou jouer à l’incompréhension; c’est ouvrir la voie à d’autres aventures, d’autres déboires malheureux voire même de multiples orientations les unes plus mauvaises que les autres en embrassant sans doute des routines opportunistes.

L’important reste à savoir qu’il nous faut de toute urgence nous  affranchir de la domination impérialiste. Pour parvenir à nous libérer de cette mise sous tutelle dont nous sommes victimes, il n’y a pas de chemin en dents de scie ou inconnu; il n’y a qu’un seul choix celui de l’organisation d’un objectif concret au sein de la classe laborieuse comme moyen de réaliser un vrai changement suivant les aspirations des masses exploitées.  La seule voie qui peut conduire  à une conscience révolutionnaire et  briser le pouvoir d’inertie des structures semi-féodales.

Il n’y a pas de troisième voie capable de constituer une force motrice pour le changement  et la révolution sociale. Cela n’existe point.  L’absence d’un cadre ou d’un dirigeant fût-il même valable ne saurait être un handicap ou un obstacle majeur à poursuivre la lutte jusqu’à la victoire finale.

Par Haïti Press Network, le 4 novembre 2017

Le rapport de la commission qui approfondissait l’enquête sur l’utilisation des fonds Petrocaribe, est fin prêt. Le document de plus de 400 pages a été présenté à la presse, sans que sa teneur n’ait été dévoilée. Une séance spéciale devrait avoir lieu dans deux semaines au cours de laquelle l’Assemblée devrait se prononcer sur le document.

Au micro des journalistes, la semaine dernière, les membres de la commission ont défendu le rapport qui, assurent-ils, est un document impartial.

En effet, les commissaires font durer le suspens en ce qui concerne le contenu du rapport de La commission d’enquête sur l’utilisation des fonds Petrocaribe.

Pour l'instant les sébateurs Evaliere Beauplan et Nenel Cassy se sont gardés de révéler l'identité de ceux qui seraient mis en cause dans le rapport sur la gestion de plusieurs milliards du programme vénézuélien.

En tout et pour tout, les commissaires ont révélé que d’énormes gaspillages ont été décelés au sein du BMPAD et de l’EDH, sans mentionner sous quelle administration, alors que l’enquête s’est étendue sur un période de huit ans, soit de 2008 à 2016.

Ce document volumineux, 486 pages au total, qui a été montré aux journalistes, fera objet de débat lors d’une séance spéciale, le 14 novembre prochain.

C’est la garantie que le Président du sénat, Youri Latortue a donné aux membres de la commission d’enquête. Déjà, le sénateur Nenel Cassy s’empresse de qualifier d’historique cette séance à venir.

Comme pour en finir avec les allégations laissant croire que le travail de la commission serait intéressé, puisque la majorité de ses membres sont d'appartenance lavalassienne (opposition), le Sénateur Evalière Beauplan a précisé que le travail de la commission a été effectué avec professionnalisme.

Ce rapport d’enquête sur lequel l’assemblée devrait se prononcer dans trois semaines ne portera pas les signatures de deux de ses membres, en l’occurrence les sénateurs Hervé Fourcand et Onondieu Louis deux proches du pouvoir.

Par le Regroupement des Haïtiens de Montréal contre l’occupation d’Haïti

Haïti Liberté, édition du 1er au 7 novembre 2017

REHMONCO La mission de la Minustah (la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti) s’est achevée dans notre pays sans qu’un véritable bilan officiel ne soit effectué pour évaluer cette «mission de stabilisation» dont l’ONU s’est portée garante. Pourtant cette «présence» militaire onusienne dans le pays a duré plus de treize ans et a coûté des milliards de dollars. Ce serait la moindre des choses de rendre public un bilan dans les deux langues officielles pour montrer comment cette «stabilisation» a été réalisée dans l’intérêt du peuple.

Mais pour l’ONU, là n’est pas la question, parce qu’elle sait que ce bilan existe bel et bien, et qu’il est un véritable fiasco. C’est pourquoi elle s’évertue maintenant à faire oublier les vrais impacts de cette occupation mortifère sur la population haïtienne : viols d’enfants, d’adolescents et adolescentes, assassinats de jeunes dans les quartiers populaires, introduction de l’épidémie du choléra causant plus de 10 000 morts, etc.

Ce bilan est connu. On en discute, on en parle. Et les voix se lèvent un peu partout pour réclamer justice et réparation. À ces cris, l’ONU répond par un silence assourdissant, ou pire encore par des excuses perfides de Ban Ki-moon et aujourd’hui par des  promesses fallacieuses de Mamadou Diallo.

Ce dernier, responsable maintenant de la Minujusth (Mission onusienne pour l’appui à la justice en Haïti), prend fonction dans un pays où toute une partie de la population fut traumatisée, décimée et continue de mourir à cause d’une force militaire onusienne qui occupa le pays pendant plus de treize ans.

M. Diallo dit en être conscient, pourtant sa mission actuelle consiste à diluer un double paradoxe : celui de faire oublier par des fausses promesses les méfaits de la Minustah, malgré qu’il soit évident que ces crimes ne peuvent en aucun cas être passés sous silence, et celui de légitimer un autre organisme de l’Onu, la Minujusth, dont la fonction serait d’aider à l’établissement de la justice, malgré le fait que l’Onu elle-même soit responsable de l’une des plus grandes injustices commises contre le peuple haïtien durant les vingt dernières années.

Si on analyse effectivement la mission de la  Minujusth, les contradictions éclatent au grand jour. Son principal objectif consiste à aider l’État haïtien à développer et à professionnaliser la police nationale déjà existante, le CIMO (Centre d’intervention et de maintien d’ordre) ce qui, dans les faits, se traduira par une plus grande répression du peuple haïtien. On a vu cette force réprimée violemment les ouvriers et ouvrières du textile lors des manifestations pacifiques exigeant l’augmentation du salaire minimum. Le pouvoir de maintenir l’ordre dont cette police se dit investie est en réalité le pouvoir de défendre le statu quo, le pouvoir de garder intact l’ordre des dominants.

On ne peut dans la situation actuelle renforcer l’État de droit comme le prétend la Minujusth sans du coup interroger le droit de cet État d’exister, de fonctionner tel quel, c’est-à-dire ayant à sa tête un gouvernement illégitime qui ne prend en considération aucun des besoins réels de la population. On ne peut prétendre «renforcer» un État de droit, alors que cet État, de par sa nature et son orientation, n’existe que pour défendre, sans compromis, les intérêts de la classe dominante et d’une certaine classe politique. On ne peut considérer instituer une  «pratique» de droit à l’intérieur des institutions de l’État au bénéfice du plus grand nombre, alors que cet État est assujetti aux intérêts de puissances étrangères et à ceux d’une oligarchie sous-traitante qui perçoit la classe ouvrière comme un ensemble d’individus n’ayant aucun droit, ou pire, comme un groupe d’indigènes à exploiter à volonté.

Prétendre défendre les «droits de l’homme» dans un tel contexte, comme le veut encore la Minujusth, c’est tomber dans la plus pure hypocrisie, une mise en scène macabre digne d’un roman de Kafka.

Si nous pointons du doigt l’hypocrisie de la mission de la Minujusth, ce n’est pas pour «tomber» dans une espèce de moralisme, mais pour faire comprendre plutôt que, sous ces contradictions apparentes, se dessine toute une politique de continuation de l’occupation. Une politique dont l’objectif essentiel est d’assurer la continuation de la domination du pays, l’exploitation outrancière des ouvrières et ouvriers des zones franches et la mise à sac des ressources naturelles du pays.    C’est pourquoi la  Minujusth, comme la Minustah, doit être dénoncée comme une force d’occupation. Elle est l’autre visage de cette présence onusienne sur notre territoire. Demandons donc sans tarder son départ du sol national.

Pour authentification, Renel Exantus Ricardo Gustave Contact : rehmoncohaiti1915@gmail.com


Par Jean Élie Paul, Haiti, Le National, le 30 octobre 2017

La Commission justice, sécurité et défense nationale du Sénat de la République, présidé par le sénateur de l’Ouest, Jean Renel Sénatus a demandé au ministre de la Justice et de la Sécurité publique (MJSP), Me Heidi Fortuné de passer au commissaire du gouvernement des instructions pour lever les mesures d’interdiction de départ contre les deux anciens ministres Camille Édouard Junior et Yves Romain Bastien.

Cette décision survient à la suite d’une rencontre entre la commission justice, sécurité et défense nationale au Sénat de la République, ce lundi 30 octobre 2017, avec plusieurs personnalités de l’appareil judiciaire, en vue de faire la lumière sur certains dossiers brûlants de l’actualité politique.

Ces dossiers concernent notamment l’interdiction de départ contre les deux anciens ministres de l’Administration de Jocelerme Privert, le dossier des personnes incarcérées dans les prisons à cause des manifestations qui sont au nombre de plus d’une quarantaine, et l’opération punitive des agents de la Brigade d’Opération et d’Intervention départementale (BOID) contre la population de Lilavois, la question des bateaux de drogue, etc.

Selon l’ancien commissaire du gouvernement Jean Renel Sénatus, les décisions du commissaire du gouvernement sont illégales, parce qu’il agit en dehors de la loi. Puisqu’il n’y a aucune loi qui lui donne ces pouvoirs.

Il rappelle que l’ex-commissaire du gouvernement Jean Danton Léger avait pris des mesures similaires contre d’anciens ministres sous l’administration Martelly/Lamothe. Des mesures que le ministre de la Justice d’alors, Me Camille Édouard Junior n’avait pas appuyées puisqu’elles n’ont pas été prises dans le cadre de la loi.

Par contre, pour justifier son intervention, Me Ocname Clamé Daméus a mis en évidence le fait que dans le pays, il y a un problème d’adresse, ce qui lui permettrait de forcer ces gens à être disponibles pour la justice.

Par ailleurs, dans le cadre de l’opération musclée des agents de la BOID, le directeur de la Police administrative Joani Canéus a fait savoir que la Police a déjà ouvert une enquête sur ce dossier. Dans ce cadre, les six agents de la BOID ont été auditionnés à l’inspection générale de la PNH.

« Le Commissaire n’a pas pris des mesures pour nuire à des gens, mais se donner des garanties dans des situations difficiles », explique le Commissaire du gouvernement Me Ocname Clamé Daméus, affirmant que le recours à l’interdiction de départ est le seul moyen qu’il détient pour s’assurer de la présence des citoyens et citoyennes qui auraient été impliqués dans des dossiers qu’il traite au Parquet.

Réagissant dans les médias, l’ex-ministre de la Justice et de la sécurité publique, Me Camille Édouard Junior soutient que la décision du commissaire relève de l’abus de pouvoir et de la persécution politique. D’après lui, ces mesures illégales dérangent son agenda professionnel, à cause des obligations qu’ils avaient pour voyager. En conséquence, il a sommé l’État haïtien pour rectifier concernant cette décision. Puisque la personne qui a signé cette décision n’a aucune moralité.

Pour sa part, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances, Yves Romain Bastien, soutient que le commissaire du gouvernement n’a aucune autorité pour restreindre leur liberté, puisqu’ils ne sont passibles que devant la haute cour de justice.

À rappeler que l’actuel commissaire du gouvernement auprès du tribunal de première instance de Port-au- Prince, Me Clamé Ocname Daméus avait, en date du 13 octobre dernier, adressé une correspondance au directeur du service de l’immigration et de l’émigration pour signaler que l’ancien ministre des Finances, Yves Romain Bastien, et l’ex-ministre de la Justice Me Camille Édouard Junior, ne devraient pas quitter le pays ni par voie maritime, terrestre ou aérienne. Aussi, avait-il demandé au directeur général de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’empêcher un éventuel départ du pays de ces personnalités en question.