Raoul Peck présente : « Assistance Mortelle » ou la valse des colons sur Haïti

Raoul Peck présente : « Assistance Mortelle » ou la valse des colons sur Haïti

Haiti Press Networks,Haiti,le 9 Novembre 2012

http://hpnhaiti.com/site/index.php/societe/7697-haiti-cinema-l-assistance-mortelle-r-ou-la-valse-des-colons-sur-haiti

Un public trié sur le volet a assisté ce jeudi 08 novembre 2012 à Pétion-Ville Club (haut Bourdon) à l’avant-première du dernier né de Raoul Peck : « Assistance Mortelle ». Cette oeuvre d’une centaine de minute nous offre à voir les éléments de la communauté internationale en Haïti en petite tenue. Sans a peu près, le réalisateur nous livre un document qui parle à découvert et qui est sans aucun doute le premier regard haitiano-haitien sur l’orientation et la gestion, par la communauté internationale, de l’aide humanitaire à Haïti après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010.

Ce regard est complet dans sa manière de s’exposer parce qu’il laisse à certains acteurs de cette communauté internationale l’opportunité de s’expliquer, de s’excuser et de s’autocritiquer. Le long des minutes de « Assistance Mortelle » on sent et on voit qu’il faut de l’art et du professionnalisme pour tirer de deux ans de tournage, totalisant cinq cents heures d’images, ce grand documentaire qu’il fallait aux haïtiens un jour ou l’autre pour la vérité, pour l’histoire et pour la conscience.

Préval-Bellerive, les têtes d’affiche

L’ex-président René Garcia Préval, présent à l’avant-première,  et son dernier chef de gouvernement, Jean Max Bellerive, sont les personnages les plus attractifs de ce documentaire. Ils s’offrent sans langue de bois pour expliquer à qui veut le croire que les mains qui donnaient ne voulaient pas se contenter à ce simple rôle de donateur mais aussi de dirigeant. De fait, à en croire Jean Max Bellerive, elles dirigeaient sans tenir compte, assez souvent, des préoccupations haïtiennes si les autorités haïtiennes avaient cette possibilité d’émettre leurs opinions.

Le président Préval, de son côté, nous raconte que des ambassadeurs étrangers savait lui imposer quoi faire comme ce fut le cas lors des élections devant aboutir au remplacement de son administration. A ce sujet, il dit avoir demandé «... mais pourquoi faites-vous des élections dans le pays ? » : un cri désespéré qui ne valait feu de paille. Se sentant marionnette d’une internationale corrompue jusqu’aux cheveux, René Préval savait mépriser visiblement certains discours beau-parleur de diplomates ou d’envoyés spéciaux dont celui de Bill Clinton le 12 janvier 2011, nous montre Raoul Peck.

Dans ce film Préval et Bellerive ont la tête de deux victimes et pour qui les caméras de Raoul représentent un véritable espace de défoulement. On sent qu’ils avaient besoin d’un lieu de parole pour déverser leurs frustrations les plus profondes par rapport à cette communauté internationale qui aime embrasser Haïti pour mieux l’étrangler, à bien comprendre nos deux ex dirigeants.

L’avion qui attendait Préval

On le disait dans des hauts lieux politiques, certains l’ont cru aux premiers mots mais pour d’autres ce n’était qu’une intoxication de plus : le tarmac de l’aéroport international était fin prêt pour un départ anticipé du président René Préval lors des mouvements violents suivant les résultats du premier tour des élections présidentielles, fin 2010. Sous les projecteurs d’ « Assistance Mortelle », le concerné l’affirme et le confirme. Effectivement « j’ai reçu un appel de Monsieur Edmond Mullet me disant qu’il a mis un avion à ma disposition pour m’évacuer. Je lui ai répondu si vous êtes prêts à venir me chercher au palais les mains menottés, alors là je n’ai aucun problème… le monde verra qu’il s’agit de votre initiative », a fait savoir l’ex-président.

La sincérité et les vérités qui traversent ce documentaire du réalisateur de Patrice Lumumba sont si touchantes qu’elles invitent tout un chacun, haïtiens et étrangers, à de profondes réflexions. Le film est en soi un outil de sensibilisation pour un faisceau, un rassemblement, haitiano-haitien (conférence nationale, dialogue national) pouvant aboutir à un projet pays "made in Haïti".

Cependant, à trop vouloir mettre à nu les ingérences de la communauté internationale en Haïti après le séisme, l’ex ministre de la culture des années 90 a presque dédouané l’administration Préval-Bellerive de toutes ses irresponsabilités jusqu’à nous forcer à avoir pitié d’elle.

Financé par des chaines de télévision française, allemande et autres, « Assistance Mortelle » sortira officiellement au premier trimestre de 2013.