Les Nations Unies refusent la justice aux victimes du choléra en Haïti

Après 15 mois de silence, l'ONU annonce que les allégations juridiques ne sont « pas recevables »

Déclaration par le Bureau des avocats internationaux et l’Institute for Justice and Democracy in Haiti, le 28 février 2013
28 février 2013, Boston, New York, Miami, Port-au-Prince, - Après quinze mois de silence face aux revendications juridiques présentées par 5 000 victimes du choléra en Haïti, l’Organisation des Nations Unies (ONU) a annoncé aujourd'hui que ces revendications n’étaient pas « recevables » du fait qu’elles concernent « un examen d’enjeux politiques et stratégiques ».

« Il est honteux que les Nations Unies n’envisagent même pas de compenser les milliers de familles qui ont perdu des enfants, des mères, des pères, des frères et sœurs à cause d’une erreur de l’ONU », a déclaré Mario Joseph du Bureau des Avocats Internationaux, qui est l’avocat principal des victimes qui ont formulé des revendications contre l’ONU en novembre 2011.

Des preuves accablantes, incluant la correspondance génétique, l’enquête épidémiologique, et des récits de témoins directs, ont établi que l’ONU a introduit le choléra en Haïti en octobre 2010, à la suite d’une négligence dans les protocoles médicaux et d’une gestion imprudente des déchets sur une des bases de maintien de la paix des Nations Unies, ce qui a infecté la rivière centrale d’Haïti avec des déchets humains contaminés. L’épidémie de choléra a ôté la vie à plus de 8 000 Haïtiens, rendu malade plus de six pour cent de la population d’Haïti, et continue de faire des ravages.

« L’ONU dit que nos revendications sont de l’ordre du politique. Notre affaire concerne le déversement des eaux usées dans les eaux d’Haïti qui a causé la mort de milliers de personnes. Selon cette définition, n’importe quel préjudice commis par l’ONU serait une question de politique », a déclaré l’avocat Brian Concannon Jr., de Institute for Justice & Democracy in Haiti, qui est avocat associé dans le dossier.

« Il est ridicule que les Nations Unies puissent à la fois invoquer l’immunité des tribunaux haïtiens, sans parvenir à donner suite à son engagement de mettre en place une commission alternative pour les réclamations, et en refusant également d’entendre les revendications à l’interne. Cela équivaut à une négation complète de la justice, et aucun système de justice légitime ne tolérerait cela », a déclaré Joseph. Le porte-parole de l’ONU a souligné, lors de l’annonce du rejet des plaintes, que le Secrétaire Général « exprimait sa profonde sympathie pour les souffrances terribles causées par l’épidémie de choléra. »

« Bien que ces sympathies soient les bienvenues, elles n’arrêteront pas les décès causés par le choléra et n’assureront pas une meilleure vie aux survivants qui ont perdu ceux de leur famille qui avaient un gagne-pain », a déclaré Joseph.

L’ONU prétend qu’elle a « déployé des efforts considérables dans la lutte contre le choléra», notamment en lançant un plan en décembre 2012 pour éliminer le choléra en Haïti.  « Bien que le plan soit une initiative positive qui reflète l’une des solutions clés à la résolution de notre cas, c’est trop peu, trop tard. L’ONU a seulement promis 1% du financement total nécessaire pour éliminer le choléra qu’elle a introduit, et le plan n’a pas encore été mis en œuvre. Plus de deux ans après le début de l’épidémie, cela ne constitue pas une réponse assez juste », a déclaré Concannon. « L’initiative du Secrétaire Général est bienvenue car elle constitue une étape positive vers la prévention de futurs décès imputables au choléra »

« Ce n’est que le début. Nous allons continuer à lutter pour la justice et l’ONU peut s’attendre à devoir se défendre contre une action en justice », a déclaré Ira Kurzban, Avocat de Kurzban, Kurzban, Weigner, Tetzelli & Pratt, PA, également avocat associé dans l’affaire. « Nous allons gagner cette affaire. Peu importe ce que disent les Nations Unies, cette organisation a déjà été reconnue coupable par le tribunal de l’opinion publique. Il s’agit d’une occasion manquée pour l’ONU de faire le bon choix et de démontrer son engagement envers la justice et le respect des droits de l’homme, ce qui d’ailleurs, a des conséquences mortelles pour les victimes », a déclaré Kurzban.

Qui contacter :
* Mario Joseph, avocat, BAI, mario@ijdh.org; +509-3701-9879 (français, créole)
* Brian Concannon Jr., avocat, IJDH, brian@ijdh.org; +1-541 263 0029 (anglais, français, créole)
* Ira Kurzban, avocat, Kurzban, Kurzban, Weinger, Tetzelli & Pratt, +1-305-992-3356 (anglais)