Haïti-Environnement : Le bassin versant de Port-à-Piment érodé à 99%

Alterpresse, vendredi 13 avril 2012
P-au-P, 12 avril 2012 [AlterPresse] --- L’érosion, la déforestation, sont principalement à l’origine de la dégradation des sols au niveau du bassin versant de Port-à-Piment sur la Côte Sud : tel est le résultat des recherches académiques sur l’environnement d’Haïti, présentées à la Fondation connaissance et liberté ( sigle créole Fokal), par Lucner Charlestra, ingénieur-agronome et chercheur à l’Institut de la terre (Earth institute) de l’Université de Colombia. Seulement 1% du paysage de Port-à-Piment ne comporte pas de signes d’érosion, d’après les données.

Cette situation n’est pas différente de celle qui sévit dans tout le pays, fait savoir Charlestra qui informe que ces recherches académiques sur la Côte Sud ont été conduites entre septembre et octobre 2010. « La majorité des sols sont déficients en phosphore, potassium, zinc, soufre et magnésium », ajoute t-il.

Il explique que la perméabilité des sols augmente avec la densité des plantes en précisant que cela montre la nécessité de la reforestation. Cette densité des plantes crée des fissures dans le sol et y facilitent l’infiltration de l’eau. Les résultats de recherche prédisent aussi des pertes de sols (érosion) à plus de 19 tonnes par hectare/par an. La majeure partie du paysage, soit 64 % est constituée de pentes qui sont élevées à plus de 30%.

Selon des statistiques avancées par l’agronome, la couverture forestière d’Haïti était estimée à 60% en 1925. Elle est passée à 18 % en 1952. De 1.5% en 1989, elle a chuté à moins de 1 % en 2011.

D’après l’enquête, le mode de gestion actuelle des bassins versants conduit inévitablement à l’érosion des sols et l’altération des services éco systémiques dans le domaine de l’agriculture, la nourriture et l’eau. L’érosion, la déforestation les pluies tropicales intenses, les inondations, la pratique de la culture annuelle représentent, entre autres, autant de handicaps pour la Côte Sud. Des contraintes à la production agricole ont été identifiées au niveau du bassin versant de Port-à-Piment, fait savoir l’agronome.

L’ensemble de ces données provient du rapport final de l’étude, qui n’a pas encore été publié. L’objectif général de l’étude est principalement de considérer le système d’évaluation de la dégradation des terres en vue de permettre aux agriculteurs et autres agents de développement d’avoir une meilleure compréhension de la gestion actuelle des ressources et de faire une bonne planification des interventions futures.

Peut-on encore éviter le pire ?

L’ingénieur-agronome Lucner Charlestra préconise la reforestation des parcelles comme une priorité pour le bassin versant de Port-à-Piment. L’emphase doit être mise sur l’agroforesterie capable de lutter contre l’érosion des sols et aussi permettre de produire des arbres et des cultures vivrières, soutient t-il.

Charlesca en a profité pour présenter de nouveaux outils de recherches et de monitoring dans la gestion des terres dans le Sud d’Haïti.

Depuis deux ans, des projets sont mis en œuvre en Haïti par Earth institute dans le domaine de l’agriculture, de la gestion et de l’entretien des forêts et de l’environnement rural.